PUBLIC ENEMY

PUBLIC ENEMY
PUBLIC ENEMY, Les prophètes de la rage

PE c'est avant tout : Chucky D, Flavor Flav, le DJ Terminator X, le chorégraphe Professor Griff et les danseurs SW1 (Security Of The First World), les producteurs Hank Shocklee, Eric "Vietnam" Sadler et Keith Shocklee.

Derrière l'American Way Of Life qu'expose les Etats-Unis au reste du monde se cache une véritable nation de l'ombre. De South Bronx à Compton en passant par Watts, Brownsville ou Liberty City l'implantation des ghettos est présente dans tout le pays. Des ghettos que l'ont pourraient qualifier de réels usines de destruction massive dans lesquels la CIA et le gouvernement de l'époque ont introduit drogues et armes à feu. Un génocide plus que prémédité… Peu à peu un instinct de survie s'est imposé entraînant des guerres de gangs opposant ainsi les différentes ethnies à se battre les unes contre les autres. Une guérilla "en soi". Le développement du Sida et un système éducatif déplorable n'ont fait qu'augmenter le cycle de la pauvreté en majeure partie représentée par des masses noires.

Trente ans après le Black Power des Black Panthers et de Malcolm X, les années '90 voient l'organisation d'une nouvelle forme d'activisme noir dont l'expression se manifeste dans la musique rap. Public Enemy participe bien évidemment à cette renaissance en tenant des discours très engagés et en appelant la population noire à se rebeller face à l'injustice. En '89 ils sortent 'Burn Hollywood, Burn' et trois ans plus tard ce sont les émeutes de Los Angeles qui éclatent comme si leur souhait était devenu réalité…

L'origine du groupe remonte en '82 à l'Adelphi University de Long Island. Carlton Ridenhour alias Chuck D est étudiant en art graphique et Bill Stephney anime une émission de radio diffusée à travers le Bronx, Brooklyn et tout le comté de Suffolk. A l'époque Chucky officie en tant qu'emcee dans un crew de deejays itinérants répondant au nom de Spectrum City. "Mr Bill" Stephney l'invite alors dans son émission et Chuck improvise en direct 'Public Enemy #1' qui sera à l'origine du nom du groupe. Après deux singles peu convaincant sortit sur le label indépendant Vanguard, Chuck préfère raccrocher les gants. Pendant ce temps, Stephney rejoint les rangs du label de Russel Simmons, Def Jam Records gràce à Rick Rubin qu'il rencontre lors d'un sélminaire de nouvelle musique. En '86, Rubbin découvre la démo de Chuck D, 'Public Enemy #1', et emballé il ordonne à Stephney de convaincre Chuck de signer sur Def Jam. Sceptique, ce dernier finit tout de même par accepter l'offre. Stephney réunit alors l'équipe de production bientôt connue sous le nom de The Bomb Squad composée de Chuck D, Hank Shocklee (ex leader de Spectrum City), son frère Keith et Eric "Vietnam" Sadler pour sortir en '87 Yo ! Bum Rush The Show. Avec un budget de 17000 dollars, l'album ne se vent qu'à 150.000 exemplaires lors de sa sortie mais il constitue cependant une pièce maîtresse dans l'ascension de Public Enemy. Sur ce premier essaie ils annoncent tout de suite la couleur avec un slogan en bas de la pochette indiquant "The Government's Responsible". Leur premier single à succès, 'Rebel Without A Pause', vient l'année d'après sur leur second album, It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back. Ce titre partage le sillon avec les explosifs 'Louder Than A Bomb', 'Black Steel In The Hour Of Chaos' et la pure adrénaline de 'Bring The Noise' extrait de la BO du film "Less Than Zero" ("Neiges Sur Beverly Hills"). La production musicale du Bomb Squad, les scratches dévastateurs du deejay Terminator X et les backs insensés du pitre Flavor Flav (William Drayton) élève le flow de Chuck D à des sommets. C'est l'explosion !

Pourtant la même année le groupe est dans la controverse et est prit pour cible par les médias exactement à l'image de leur logo qui représente une silhouette au centre du viseur d'un fusil (un logo soit dit en passant dessiné par Chuck himself). Professor Griff (Richard Griffin), le "Ministre de l'Information" de PE et membre de la Nation of Islam de Louis Farrakhan, déclare publiquement dans le Washington Times du 9 mai '89 que les juifs étaient responsable de "la majorité des atrocités commises sur le globe". Remarque antisémite qui souleva une polémique et qui faillit déchirer le groupe, donnant encore plus mauvaise presse au rap.

PE répond aux attaques sur l'album de '90, Fear Of A Black Planet, avec le titre 'Welcome To The Terrordome' qui tout de suite fait avaler de travers l'ostie des puritains de l'Amérique à l'écoute du rap massacreur de Chuck D : "Crucifixion ain't no fixion / So called chosen frozen / Apology made to whoever pleases / Now they get me like Jesus" ["La crucifixion n'est pas une fiction / De prétendues excuses choisies et glaciales / Faites à tous ceux que ça chante / Maintenant ils me tiennent comme Jésus"]. Autre titre qui déchaîne les foules, 'Fight The Power', hymne révolutionnaire servant comme bande son aux émeutes raciales dans "Do The Right Thing" de Spike Lee. Ce film conscient décrit avec brio et réalisme l'atmosphère d'un quartier new yorkais qui sombre peu à peu dans le racisme et la violence. '911 Is A Joke', 'Brothers Gonna Work It Out' et 'Can't Do Nuttin' For Ya Man' cartonne dans les charts US et le groupe atteint son apogée cette année là avec une oeuvre certainement des plus aboutie si ce n'est la meilleure. C'est la consécration !

Un an plus tard sort Apocalypse '91… The Enemy Strikes Black et Public Enemy prouve qu'il est ouvert à tout public en y invitant le groupe de metal Anthrax sur le remix de 'Bring The Noise'. A retenir aussi le "cultissime" 'Shut ‘Em Down' remixé par Pete Rock à l'occasion, 'By The Time I Get To Arizona', certainement l'un des titres le plus marquant et 'Can't Truss It'. En '92, sort le Greatest Misses où figure des titres remixés plus ou moins connu et en '94 après une année sabbatique laissant le temps à Flavor Flav de se remettre de ses problèmes avec la drogue ; arrive Muse Sick-N-Hour Mess Age qui mise à part 'Give It Up' ne génère malheureusement aucun autre single à succès… Ce sixième LP reste l'album le moins impressionnant de PE.

En '95, pour cause de différents avec Def Jam, Chuck D décide de quitter le label en prenant le groupe avec lui. Il fonde alors son propre label et décide d'enregistrer son premier album solo The Autobiography Of Mistachuck. En '97, il publie une autobiographie et rassemble le Bomb Squad original pour enfin revenir dans le "rap-game" avec trois nouveaux disques...

'98 est l'année des retrouvailles entre PE et Spike Lee. Le groupe réalise un album entier pour la BO du film "He Got Game" et signe là un joli come-back. Le film se voit partager l'affiche entre Denzel Washington et le basketteur Ray Allen aussi brillant l'un que l'autre. Le son de PE correspond parfaitement bien à l'univers du film qui mélange drame et comédie et pour clore le tout en beauté, nous avons même le droit à une collaboration légendaire avec KRS-One sur le titre 'Unstoppable'.

N'ayant jamais pu le faire lorsqu'ils étaient signés sur major, Chuck décide de mettre en ligne les morceaux de son groupe via Atomic Pop… Il signe sur le label qui va même jusqu'à mettre à disposition aux visiteurs un téléchargement complet - format MP3 - des titres de leur nouvel album There's A Poison Goin' On pas encore disponible dans les bacs. L'album sortira en juillet '99 et il accouchera du démentiel 'Are You Gonna Go Our Way ???'.

Après une trêve de trois ans, ils sortent via In The Paint Revolverlution qui contient des lives, des inédits comme le dévastateur 'Son Of A Bush' et le funky 'Can A Woman Make A Man Lose His Mind' de Flavor Flav. Du jamais vu auparavant, PE laisse la vedette à des deejays gagnants d'un concours internet leur donnant le droit de remixer des titres du groupe légendaire…

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# Posté le samedi 19 juin 2004 09:49

KRS ONE

KRS ONE
"Rap is something you do, Hip Hop is something you live" telle est la philosophie de Krs-One. Au même titre que Public Enemy, Krs-One (Kris Lawrence Parker) est aujourd'hui encore un des rares rappeurs à avoir obtenu le respect de la critique et du public à la fois. Krs-One (pour "Knowledge Reigns Supreme Over Nearly Everyone" - la connaissance règne en maître sur presque chacun de nous) qui est originaire du South Bronx, un des quartiers les plus pauvres de New-York passe son adolescence a étudier seul à la bibliothèque publique l'histoire et la philosophie alors que le reste du temps il vit dans la rue, errant, sans domicile ayant quitté dès l'âge de 14 ans le foyer où il vivait avec sa mère. En 1984-85 il rencontre Ced Gee (qui possédait une SP-12 : boîte à rythmes-sampler) avec qui il enregistre un morceau intitulé 'Advance', à la même période environ il fait la connaissance d'un éducateur dans un refuge : Scott La Rock (Scott Sterling) qui lui fait découvrir le rap par le biais de soirées au Broadway RT et son crew d'alors les Celebrity 3 que Kris finit par intégrer et avec qui il enregistre le single 'Sucess in the World' (sous le nom de 1241), le groupe est rebaptisé Boogie Down Crew puis enfin Boogie Down Productions.

KRS est à l'origine du collectif "Stop the Violence Movement" (dont un livre est sorti en 1989) qui dit non au "Black on Black crime" autrement dire les meurtres de noirs par des noirs. Kris avait été marqué par la violence dès août 1987 lorsque son compère Scott La Rock avait été touché par une balle qui avait entraîné sa mort suite à une banale embrouille qui impliquait apparemment D-Nice autre membre du groupe. Quelques mois plus tôt été sorti le single 'Crack Attack' puis le premier album du groupe : Criminal Minded chez B-Boys Records sur lequel Scott et Kris figurent avec grenades et pistolets. Le contenu n'est pas spécialement un appel à l'amour universel avec des titres tels que '9mm Goes Bang' ou les grands classiques 'South Bronx' et 'The Bridge Is Over' (parmis les plus importants de toute l'histoire du Hip Hop) à l'origine de la polémique pour connaître le quartier d'origine du Hip Hop (South Bronx pour KRS et le Queens-Bridge pour le Juice Crew) puis plus tard du "Battle For Rap Supremacy" entre Mc Shan du Juice Crew et KRS.

Dès 1988 sort chez Jive By All Means Necessary avec des références à Malcom X telle que la couverture où Kris apparaît avec un Uzi à la main et guettant à la fenêtre, les morceaux phares sont 'I'm Still #1', 'Jimmy' ou 'My Philosophy'. En 1989 sort Ghetto Music : The Blueprint Of Hip Hop puis en 1990 Edutainment, en 1991 Live Hardcore Worldwide et enfin en 1992 Sex And Violence dernière album en date du BDP. En 1993 Krs-One se lance dans une carrière solo avec l'album Return Of The Boom Bap où figure le célèbre 'Sound Of Tha Police' puis il enchaîne en 1995 avec un album éponyme : Krs-One. En 1997 sort I Got Next où figure outre 'Step Into A World' des collaborations avec Redman et plus étonnant en bonus track un remix du 'Step Into A World' par Puff Daddy. En 2001, KRS sort The Sneak Attack qui fait suite à A Retrospective sorti en 2000 (compilation regroupant ses meilleures titres avec BDP et en solo) ce nouvel opus apparaît comme plus virulent que I Got Next, The Teacher comme il aime à se faire appeler sort ici en indépendant, sans grosses productions et sans guests vendeurs dans le seul but de répandre la connaissance. Enfin en 2002 sort Spiritual Minded de Krs-One And The Temple Of Hip Hop sur Koch (label avec qui il a conclu un contrat tout à fait particulier incluant une clause de conscience et une clause culturelle visant à véhiculer l'esprit du Hip Hop cher à KRS - ndlr : Real numéro 8). KRS est marqué par les évènements du 11 septembre 2001 et il montre ses influences gospel et donc religieuses avec des titres tels que 'Lord Live Within My Hearth' ou 'Come To The Temple'.

Blastmaster Kris a été l'un des tous premiers à introduire et à montrer clairement ses influences reggae et ragga dans sa musique, que ce soit dans son flow très proche des toasters jamaïcains où dans ses productions pour BDP (basses lourdes) où d'autres, ces influences sont perceptibles dans les morceaux 'Step Into A World', 'The Bridge Is Over' ou encore 'Black Cop' mais de manière générale dans tous les albums du BDP. KRS a d'ailleurs collaboré avec des artistes reggae comme Shabba Ranks ou Sly & Robbie (production de l'album Silent Assassin).

Aujourd'hui KRS : le "métaphysicien du rap" connu pour ses textes engagés socialement et politiquement qui prônent la connaissance de soi et l'éducation (comme sur 'You Must Learn') donne de nombreuses conférences dans les universités (Harvard, Yale, Stanford), il agit également beaucoup dans le secteur social en créant "Human Education Against Lies" distribuant des livres et disques aux plus démunis. Rappeur conscient, poète, producteur, bienfaiteur, religieux (pasteur de l'église de Riverside - Harlem et fondateur du "Temple Of Hip Hop"), il a également été, suite à son départ de Jive (après I Got Next), D.A (directeur artistique) pour Warner, bref Kris a fait beaucoup pour le Hip Hop, son rôle de "Stepfather " (beau-père) du mouvement lui tient beaucoup à cœur ; pourvu que ça dure …


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# Posté le jeudi 17 juin 2004 14:53